Les meilleures options pour se former au métier de mineur

Les phobies nocturnes de Seidou sont revenues, tenaces. Son audience pour l’asile, prévue en avril, a été décalée, sans qu’aucune date ne soit fixée. Aujourd’hui, tout passe par la vidéoconférence, ce qui ralentit encore l’ensemble du processus : décrocher un rendez-vous avec l’avocat, qui doit coïncider avec le médiateur culturel et l’assistant social, tient du parcours du combattant. Tous sont débordés, injoignables. Et puis, comment Seidou pourrait-il confier ses traumatismes, par écran interposé, la voix du médiateur inaudible et le juge qui interrompt ?

Depuis près de deux ans, je travaille comme éducatrice dans le nord de l’Italie auprès de ceux qu’on désigne comme « mineurs étrangers non accompagnés ». Ce soir, j’assure la nuit au centre : les jeunes dorment. Ils sont une vingtaine, venus d’Égypte, de Tunisie, du Sénégal, de Gambie, de Somalie, du Nigeria, du Mali ou d’Albanie. Je les accompagne depuis le printemps, l’été, l’automne, l’hiver. Puis le coronavirus a balayé toutes les saisons d’un même souffle.

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Quand la pandémie a surgi, les éducateurs ont tenu bon et poursuivi leur mission. Pour ces adolescents, la course contre l’échéance des 18 ans, synonyme de fin de prise en charge et de saut dans l’inconnu, reste la même. Ils doivent continuer à apprendre la langue, chercher des contrats d’apprentissage, construire leur demande de protection internationale. Les obstacles ? Jamais en manque.

Comment avancer vers l’emploi et la formation quand tout se grippe ?

On imagine apprendre une nouvelle langue isolé dans une chambre, armé d’un téléphone fatigué, loin de toute interaction réelle. Voilà la réalité de ces jeunes. Sur le plan professionnel et social, les perspectives se brouillent : écoles et centres de formation tournent au ralenti, certains ferment purement et simplement. Djonis, par exemple, pensait pouvoir se poser en travaillant dans deux bars. Après une année noire, plus rien n’existe. À Gênes, les hôpitaux ne désemplissent pas et reportent les opérations, dont celle de Mahmoud, bloqué par un pied bot. Difficile, dans ces conditions, d’imaginer un avenir stable ou une formation qui démarre.

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Les agents de terrain, nous compris, se retrouvent à gérer une succession d’absences. Tests, quarantaines… Le référent change, le suivi perd en cohérence. Les visages défilent, le lien se dilue parfois malgré la volonté de bien faire.

Jusqu’à aujourd’hui, le virus se contente de roder devant notre portail vert. Aucun cas positif pour le moment. Mais la crainte s’infiltre dans le quotidien. Je sais bien qu’un jour, quoi qu’on fasse, la COVID franchira notre seuil. Pourtant, la plupart des jeunes peinent à se sentir concernés. Ils ont traversé bien pire pour en arriver là. Le virus, pour eux, c’est abstrait. Le Bayouda, le Sahara, leurs épreuves ont pris la forme de survivances plus concrètes encore.

Retrouver le sens du métier : éducatrice, pas automate

Depuis des mois, la routine s’est transformée. Nettoyages minutieux, rappels constants pour les masques, la distance, les gestes barrières. Ce réflexe quasi-automatique m’épuise parfois. J’ai choisi ce métier pour accompagner, pas pour rabâcher sans relâche les mêmes recommandations. Auprès de mes jeunes, je deviens l’intruse qui pourrait transmettre le virus. Pourtant, refuser une aide pour une attelle ou garder ses distances durant douze heures d’affilée, c’est tout un art de l’absurde et de la frustration. Si demain la COVID franchit la porte, la perspective de la visière et de la combinaison pèse sur l’esprit. Alors, je continue, sans relâcher.

Ce qui manque, ce sont ces moments simples d’avant : parler d’avenir en soirée, traverser la ville ensemble pour un cours d’italien, un match de foot, ou quelques longueurs à la piscine. Les repas du soir aussi, partagés autour d’une table, où rires et chamailleries se perdaient dans un mélange de langues, entre deux parts de pizza à la sortie du four.

Lorsque le premier confinement nous a coupés du monde, Lena, volontaire en service civique chez Utopia 56, a elle aussi poursuivi sa mission, cette fois à distance. Malgré l’éloignement, elle a tenu le fil, coûte que coûte, pour ne pas voir le lien se défaire.

Beaucoup de mes jeunes souffleront leurs 18 ans dans les prochaines semaines. Pour eux, la sortie du centre ne laisse pas la place à une célébration, c’est un départ précipité vers la vie adulte, sans transition douce. Peut-être qu’un jour, on racontera l’histoire de ces lieux où, loin des regards, certains ont tenu bon avec obstination, sans jamais réclamer les projecteurs.

Première vague ou suivante, la tempête n’a pas eu raison de nous. Il nous arrive de tourner en rond, faute de repères, mais une chose est certaine : on continue à avancer, même à petits pas, sans jamais s’arrêter.

Louise, 25 ans, éducatrice, Gênes

Crédit photo Louise // Jeunes mineurs isolés assis chez Louise après un match de football

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