La grande majorité des femmes musulmanes vivent joyeusement dans de bons mariages, où les adultes et les enfants s’épanouissent et où les membres de la famille se soutiennent mutuellement.
Derrière cette réalité paisible, une autre plus obscure persiste pour certaines : violences, soupçons, enfermement dans un mariage dont il semble impossible de s’échapper. Au Danemark, comme dans beaucoup de pays européens et à majorité musulmane, l’accès au divorce islamique reste quasi impossible pour une femme sans l’accord de son mari. L’horizon paraît bouché, les perspectives étouffées.
À ce blocage, la Fondation Oak Danemark oppose son action : elle soutient le cercle de sortie à l’origine du projet « Droit à la vie et à l’amour ». Leur but, simple et direct : permettre aux femmes musulmanes de faire valoir leurs droits civils, au mariage comme au moment du divorce. La mécanique est claire : exiger d’emblée dans le contrat religieux la mention du droit au divorce. À cela s’ajoute un soutien concret et durable, pour que chaque femme puisse retrouver sa liberté et maîtriser sa trajectoire de vie.
Là où le bât blesse, c’est dans la rédaction des contrats religieux. Dans la grande majorité des mosquées danoises, aucune référence au droit au divorce n’apparaît pour les femmes. Pourtant, le texte coranique proscrit de forcer une femme à rester mariée contre son gré. Au Danemark, les nuances du droit civil ne sont pas toujours comprises : le mariage ou le divorce religieux ne crée aucune obligation légale, seul le mariage civil inscrit par l’État a du poids. Malgré cette certitude juridique, beaucoup optent uniquement pour la célébration religieuse, sans passage devant l’officier d’état civil. Résultat ? Des femmes enfermées dans une union dont elles ne peuvent sortir si leur mari refuse le divorce. Et quand les deux mariages existent ensemble, civil et religieux, le spectre d’un autre piège plane : on peut être divorcée légalement, tout en restant considérée comme mariée par la communauté religieuse. Certains imams danois refusent ainsi de prononcer le divorce islamique sans le consentement du mari, entretenant au passage des logiques patriarcales persistantes.
Ces situations dépassent le simple cadre privé. Elles sont des mécanismes de domination, imprégnés de violence psychologique, qui altèrent profondément la santé mentale et physique des femmes concernées, ainsi que celle de leurs enfants.
« La campagne veut montrer qu’il reste une vie possible après le divorce, sous réserve de connaître ses droits. Nous voulons éveiller la confiance, encourager l’autonomie et semer l’espoir, en tissant le lien entre foi et compréhension de la loi », explique Sherin Khankan, directrice d’Exitcirken, fondatrice de Roads out of Mental Violence et imame à la mosquée Mariam. Depuis 2016, elle a accompagné déjà trente femmes dans leurs démarches de divorce islamique au Danemark, une à une, chaque histoire trace une brèche dans le mur du silence.
Le projet dépasse la simple campagne d’information. Il recherche l’appui actif des dix principales mosquées danoises, en sollicitant les imams afin qu’ils incarnent ce changement au sein des communautés. L’implication de bénévoles, des hommes musulmans prêts à ouvrir le débat, s’annonce décisive pour faire vaciller les mentalités. À terme, la visée est claire : instaurer un contrat de mariage islamique valable partout, articulant la législation danoise et les normes religieuses, afin que chaque femme divorcée légalement soit aussi reconnue comme divorcée religieusement, sans nouvelle barrière.
« Le changement se joue à la racine, dans les mosquées », insiste Sherin Khankan, qui perçoit dans cette initiative un potentiel qui pourrait s’étendre au-delà des frontières du Danemark, aucun projet semblable n’existe aujourd’hui ailleurs. L’immobilité de ces situations pourrait enfin céder.
Demain, les femmes pourraient bien briser les cercles qui les retiennent, les codes figés se fissurer, entraînant avec eux les dernières résistances au changement.
